samedi 5 juillet 2008

lundi 30 juin 2008

km 23 232 : Utah

Voici un apercu de la route entre Las Vegas et Denver ainsi que des magnifiques parcs nationaux que nous avons traverses : Zion, Bryce Canyon, Canyonland, Arches...



vendredi 27 juin 2008

km 22 838 : Las Vegas

En arrivant a Las Vegas en voiture, c'est a dire depuis le desert qui l'entoure, on ne peut pas mieux ressentir l'extraordinaire artificialite de la ville. Tout y est l'exact oppose du paysage qui l'entoure a part peut-etre la violence et la force de son image. Des images, la ville en diffuse jusqu'a l'ecoeurement. Tout fait signe, attire (voir tape a l'oeil) a coup de neons, d'enseignes et de batiments polymorphes caricaturaux. Bizarrement, de cette orgie d'images et de symboles, on ne retient pas de visage pour ce mirage : la ville ne ressemble a rien. Derriere les façades, l'univers des machines a sous et des tables de jeux se repend de façon uniforme sur les centaines de milliers de m2 d'espaces interieurs climatises dans une penombre statique qui fait oublier le temps. Partout la meme moquette rouge a motifs, les memes sons, les memes personnages solitaires hallucines devant les bananes et les pasteques qui tournent...

mardi 17 juin 2008

Contemporary Jewish Museum

En plein centre de San Francisco, au coeur du art district bordant le Jardin Yerba Buena, le nouveau musee Juif est installe dans l'ancienne halle en brique d'une usine electique. L'histoire du batiment est presentee aux visiteurs sur un panneau dans le hall d'entree du musee : construit en 1881, reconstruit en 1907-09 apres un tremblement de terre, sauve de justesse de la demolition en 1977 avant d'etre rehabiltee en 2007 par Daniel Libeskind pour devenir le Contemporary Jewish Museum. Le nouveau batiment y est presente comme une "juxtaposition entre l'ancien et nouveau" avec une rehabilitation respectueuse de l'usine existante.

En levant les yeux, on ne voit pas plus de juxtaposition que d'approche respectueuse. Le nouveau batiment jaillit depuis l'intérieur de l'ancien et le perce de toute part en projetant ses volumes deformes et instables - typiques de l'architecture de Libeskind - a l'exterieur. Libeskind integre l'ancienne usine dans un jeu architectural complexe sur l'interpenetration des deux structures. A l'exterieur les panneaux d'aluminium bleu petrole des volumes anguleux et instables de Libeskind contrastent avec la stabilite des facades en briques de l'usine. A l'interieur, la structure metallique du batiment existant mise a nu (poteaux et charpente) est coupee nette lorsque qu'elle rencontre les volumes blancs du nouveau batiment. L'effet est d'autant plus impressionnant que la nouvelle structure est recouverte de placoplatre blanc dans lequel viennent s'enfoncer comme dans de la neige les poutrelles de la charpente originale.

Cette irruption architecturale tire bien parti de la position dans le site du batiment existant : il preserve sa façade ordonnancee sur le parvis– non sans avoir ouvert une serie de baies assez ironiques, exactement sous les grandes baies existantes – et il dispose ses volumes distordus lateralement, le long d'une rue pietonne etroite, accentuant par la leur effet dramatique.
Finalement, l'architecture du musee est enrichie de cette confrontation qui pondere l'univers formel particulierement contraignant de Libeskind. Ici du fait des espaces de l'usine partiellement conserves, on trouve une multitude de formes de salles ( y compris des salles rectangulaires) qui offrent plus de latitude aux conservateurs. Les expositions, toujours temporaires, peuvent ainsi jouer et resonner avec les espaces du musee sur les thematiques liees a la culture juive contemporaine de la baie de San Francisco et au dela....
Meme la symbolique cabalistique que Libeskind affectionne et qui parait un peu artificielle dans d'autres situations se prete bien au jeu ici. Ainsi on peut decoder la forme des volumes et du traitement du hall comme des interpretations calligraphiques de mots hebreux....

San Francisco Jewish Museum, Daniel Libeskind, 2008

lundi 16 juin 2008

San Francisco Museum of Art

Le Musee d'Art Moderne de San Francisco est avant tout un objet graphique avec sa facade en brique et sa tour cylindrique tronquee striee de noir et de blanc. Malgre sa petite echelle comparee aux tours du downtown qui l'encerclent, le batiment est visible de tres loin dans le skyline de la ville. Lorsqu'on se rapproche, on s'apercoit du caractere totalement urbain de ce projet a la charniere entre les tours du downtown et le jardin Yerba Buena. Il s'ouvre directement sur la rue, sans le recul souvent prefere par les institutions culturelles americaines.

L'organisation interieure, elle, est d'une grande efficacite: le musee s'organise autour d'un grand atrium central qui se developpe sur toute la hauteur du batiment jusqu'au gigantesque puit de lumiere (caracteristique de Botta) en forme de cylindre troque. Un grand escalier monumental dessert les etages d'expositions tres standards qui se deploient a l'arriere sans relation ni avec la ville ni avec le hall. Il n'y a rien de tres original spatialement hormis peut-etre les choix decoratifs tres annees 80, en particulier le sol du hall qui alterne des lignes de granite noir poli et mat du plus bel effet!

San Francisco Museum of Art, Mario Botta (1995)

dimanche 15 juin 2008

De Young Museum

Dans la partie ouest de San Francisco, la gigantesque bande boisee du Golden Gate Park s'enfonce dans la ville depuis l'ocean pacifique sur 5 km offrant un espace de nature dans la tradition de Olmsted a l'echelle du territoire. C'est au coeur de ce poumon, qui est a San Francisco ce que Central Park est a New York, que le musee De Young est implante. Le site est donc en pleine "nature" Olmsteadienne, love entre une route sinueuse et une grande esplanade sous laquelle se developpe l'inevitable parking. Le musee surgit ainsi d'entre les arbres comme un objet solitaire dans la foret libere de toute contrainte urbaine.

Le batiment incarne de façon spectaculaire l'aboutissement de la recherche de nombreux architectes depuis une dizaine d'annees : la forme plastique et anguleuse qui se developpe de façon libre et continue horizontalement et verticalement, la peau de cuivre qui recouvre l'objet integralement et dont les motifs d'emboutissement et de perforations varient a l'infini en texture et en porosite pour agrementer toutes les contraintes de la façade, la perfection des details et l'integration des elements techniques (luminaires et ventilations), la fluidite des parcours et des espaces.... Le musee est en meme temps un objet finit parfait et un enchainement subtil d'espaces introvertis et entrelaces autour des patios qui s'alternent au gre du decollement des trois travees sinueuses. Les salles d'expositions permanentes se developpent sur deux niveaux alors qu'un des patios plonge derriere la banque d'accueil pour eclairer le sous sol et les salles d'expositions temporaires. Les fluctuations de la forme entrainent une variete d'espaces qui se compressent et se dilatent pour mieux s'adapter aux collections eclectiques qui vont de l'art de la Nouvelle Guinee a la peinture americaine du XIXe siecle jusqu'a l'art contemporain. Le sol et le plafond des salles de l'etage, recouverts du meme parquet de bois sombre, se rejoignent en formant de grandes vitrines toute hauteur qui offrent des vues panoramiques sur les pirogues oceaniennes et les masques africains.

Le gabarit du musee tres horizontal se perd dans la vegetation du parc et rend le batiment presque invisible depuis les alentours si ce n'etait par la tour qui s'eleve, comme d'un mouvement tectonique, d'une des travees sur plus de 40 m de haut offrant un panorama spectaculaire sur la toiture cuivree de l'edifice, sur le parc, sur la topographie caracteristique de la ville et sur l'ocean.

En definitive, malgre la succession de prouesses que le musee collectionne, on en sort certes tres impressionne mais avec un sentiment mitige. L'extreme luxe du batiment semble n'avoir aucune limite tant chaque detail a ete traite avec la meme attention, on ne trouve pas de choix financiers que les architectes sont toujours menes a prendre pour rester dans le budget et qui parfois font naitre des inventions surprenantes. Le batiment a coute plus de 200 M$ soit pres de 7400$ du m2 (presque trois fois le prix au m2 du musee de Zaha Hadid a Cincinnati si les chiffres sont exacts) et le processus de decision qui a dure plus de six ans a laisse aux architectes le temps de maturer le projet. Il en reste un batiment qui pourrait etre parfait mais qui ressemble peut-etre un peu trop a un top model ou l'aneantissement des defauts a rendu le sujet trop lisse.

De Young Museum, Herzog & De Meuron, 2005